• Les lumières dans le ciel 2

    Les lumières dans le ciel 2

    Coucou ! Avez-vous apprécié le début de cette histoire ? Comme promis, la suite ^^ Les lumières dans le ciel : chapitre 2 !

    Bonne lecture :)

     

    LE GRAND CHÊNE

        Les tiges de céréales m'effleuraient le visage pendant ma course. Elles étaient toutes plus hautes que moi. Le vent secouait mes cheveux blonds et des graines s'y accrochaient, les emmêlant encore plus. J'avais l'impression de braver tous les interdits en traversant ce champ, laissant une trace de mon passage derrière moi, je sentais venir l'aventure. C'était encore mieux que mes histoires.
        Avant de m'en rendre compte, j'étais devant la forêt. Je me retournai pour admirer le village ; l'église dépassait des vieilles maisons espacées. Puis, je revins aux bois. D'ici, ils me paraissaient moins sombres. Les arbres n'avaient pas un feuillage très dense et laissaient passer des filets de lumière. Je sautai sur une pierre, puis une autre, et longeai l'orée des bois de peur de trop m'éloigner. Je me penchai pour cueillir des fleurs qui poussaient par-ci par-là, observai ce qui m'entourait comme si je découvrais le monde pour la première fois. Peut-être était-ce le cas ?
        Enfin, j'aperçus une rivière. Son eau était limpide, son courant, tumultueux, fendu par des rochers ancrés dans son lit, et le son de sa course résonnait avec les chant des oiseaux qui batifolaient. Pour moi, c'était une vision idyllique de la nature, la représentation de ce que j'avais lu dans les livres, vu sur les illustrations.
        Puisque le cours d'eau s'enfonçait dans la forêt, je décidai de le suivre. Je n'avais alors pas peur de me perdre. Je sautillais tout en m'amusant à chercher le petit peuple de la forêt, en vain, car il se cachait bien. A un moment, je crus voir un mulot, mais je distinguai seulement sa silhouette qui se précipita sous terre telle une flèche.
        La rivière serpentait entre les arbres. Parfois, il y avait des rapides. La voir s'écouler ainsi me donnait soif, si bien que ma bouteille fut bientôt à moitié vide. La chaleur m'exténuait. Pourtant, je continuais à marcher. Qu'est-ce que je souhaitais trouver ? Je pense que la curiosité d'un enfant ne se pose pas de telles questions. Elle se contente de le pousser.

        Après quelques minutes, je m'arrêtai. Un grand chêne solitaire attira mon regard. Il avait des racines puissantes, sortant de terre, et des branchages s'étendant vers le ciel. Ses feuilles d'un vert très sombre reflétaient les rayons du soleil et les dispersaient tout autour de lui ; on aurait dit qu'il était l'étoile qui illuminait la forêt. La rivière dessinait une courbe à gauche, et s'éloignait du géant.
        C'est à ce moment là que je l'aperçus pour la première fois. Elle était adossée au vieux tronc du chêne, à l'ombre, et se reposait la tête appuyée contre une racine. Elle devait être endormie depuis longtemps ; un papillon s'était posé sur son visage serein. Immobile, j'observais avec curiosité la petite fille. Elle avait certainement mon âge, aux alentours de onze ans. Elle portait une robe blanche déchirée et avait les pieds nus. Son teint était halé, ses cheveux d'un noir d'ébène, décoiffés. Elle avait des bras et des jambes menus. Le papillon s'envola.
        « Qui es-tu ?
        Je sursautai. La petite fille me dévisageait avec de grands yeux noirs. Elle se releva. Nous étions figée, l'une comme l'autre. Je fis le premier pas, m'approchant doucement d'elle.
        - Je m'appelle Sarah...
        La petite marqua un temps de silence, sans réagir à mon mouvement. Puis, ses traits se radoucirent. Elle avait alors un visage rond, un petit nez, qui la rajeunissait encore plus.
        - Mon nom est Eve.
        Nous nous regardâmes dans les yeux pendant un long moment. Puis, peu à peu, ces regards intenses qui exprimaient beaucoup nous délièrent les langues. Nous nous assîmes à côté, aux pieds de l'arbre royal.
        - Tu habites dans le village ?
        - Oui... Et toi ?
        Eve étouffa un petit « non ». Elle expliqua qu'elle vivait non loin de là, à l'opposé. Ce qu'elle me disait était confus, mais je n'y prêtai pas attention ; j'étais trop heureuse d'avoir rencontré quelqu'un.
        - Tu viens souvent ici ? Demandai-je avec un oeil pétillant.
        - Oui ! Je pourrais te montrer pleins d'endroits que j'ai découvert ! »
        L'enthousiasme soudain d'Eve me surprit. Son air taciturne s'effaça ; elle m'attrapa vigoureusement la main.

        Nous avions quitté le trajet de la rivière. Le pas confiant d'Eve me rassurait néanmoins. Nous marchions l'une derrière l'autre, et parfois ma nouvelle amie s'arrêtait pour me montrer quelque chose ; un insecte étrange, ou encore une fleur violette, un nid d'oiseau, un terrier bien caché... Ce qui me fascinait le plus, c'était le nouvel univers dans lequel j'avais atterri ; en plein coeur des bois, les animaux ne se dissimulaient plus. Une belette, un renard, un animal difforme qui m'était inconnu... Eve riait à chaque fois que j'en remarquais un et que je m'exclamais.
        Nous grimpions, descendions, glissions... La forêt était devenue notre terrain de jeu. Un terrain qu'Eve semblait connaître par coeur. Si elle en savait autant...
        « Dis, tu connais la légende du gardien de la forêt ?
        - Le gardien ?
        - Oui... Ma grand-mère m'a raconté que c'est de lui que viennent les lumières dorées du soir... Je pensais que...
        - Non... »    
        Enfin, Eve s'arrêta. Nous étions devant une petite cascade. Elle provenait d'un ruisseau situé en hauteur, assez haut pour que cela me donne le vertige. Eve pointa la falaise du doigt (à mon âge, le mur de la cascade me semblait gigantesque).
        « Là-haut, dit-elle en me regardant, il y a une très bonne cachette. »
        Je me demandais comment nous pourrions monter. Heureusement, Eve connaissait un chemin qui contournait la cascade et qui n'était pas trop pentu.

        C'était une petite grotte. Elle était humide et profonde, mais par un temps aussi sec l'air y était agréable. Nos voix résonnaient. J'étais émerveillée ; c'était la première fois que je voyais un endroit pareil. Eve s'allongea par terre. J'en fis de même, fatiguée du chemin que nous avions parcouru. En effet, cette cachette était confortable, on s'y sentait en sécurité. Je me laissai happer par le sommeil aux côté de ma nouvelle et première amie.

        - SARAH ! Mais où étais-tu passée ?!
        Les yeux furibonds de ma mère jetaient des éclairs. Elle était à la fois soulagée et très mécontente. La lune était déjà haute dans le ciel et les lampadaires éclairaient la rue sombre. Je n'avais pas vu le temps passer. Je m'étais assoupie un long moment, avant d'être réveillée par Eve, qui me montrait le soleil se cachant derrière les montagnes. J'avais du courir après elle pour rentrer à la maison. D'ailleurs, pour sa petite taille, elle est extrêmement rapide et agile. Eve était restée dans la forêt et m'avait dit qu'elle habitait de ce côté là, m'indiquant, bizarrement, les profondeurs de la forêt. Peut-être y avait-il un village plus loin ?
        Je m'excusai auprès de mes parents. J'avais été, selon eux, très imprudente. A table, ils me firent les mêmes remontrances en boucle. Grand-mère était là aussi, en bout de table. Quant à son regard, plutôt qu'être empli de reproches, il était curieux. Mon père s'agita :
        - Au lieu de vagabonder comme une sauvage, tu devrais aller rendre visite aux filles d'Henri (il parlait de son ami chasseur) !
        - C'est parce-qu'elle passe trop de temps dans son monde imaginaire qu'elle ne veut pas ! Ajoutait ma mère.
        Puis, voyant que j'étais agacée, ma grand-mère prit la parole. Sa voix surnaturelle, car entendue trop rarement, invoqua le silence.
        - Si Sarah aime tant la forêt, pourquoi n'irions nous pas déjeuner là-bas ce week-end ?
        Un large sourire illumina mon visage, ce qui n'échappa guère à mamie, fière d'elle. Mes parents froncèrent les sourcils.
        - Hum... Pourquoi pas, faire un pique-nique dans une clairière...
        Cette idée m'enchanta.

        Il fallut attendre une semaine. Le mercredi, mon père invita les voisins à dîner. Le chasseur, Henri, accompagné de sa femme et de ses deux charmantes fillettes. Elles étaient beaucoup plus petites que moi et pourtant nous avions la même taille. Je n'aimais pas le sourire complice qu'elles arboraient constamment, comme si elles préparaient toujours un mauvais coup. Il faut dire qu'au cours de la soirée, je découvris qu'elles n'étaient pas si terribles que je l'avais imaginé. Mais j'avais néanmoins une mauvaise impression à cause du traitement horrible qu'elles avaient fait subir à ce chat, l'autre fois. L'ami de mon père était aussi sympathique. C'était un homme aux larges épaules et à la barbe épaisse, l'apparence typique du chasseur, si ce n'est clichée. Il avait un nez proéminent, une bouche aux lèvres sèches et des pommettes saillantes. Mon père lui demanda si la forêt était sûre, pour s'y promener, car il n'avait pas la moindre envie de rencontrer des bêtes non répertoriées.
        « Ah oui, pas d'inquiétude ! Suivez le sentier et tout ira bien ! Il y a bien une rumeur qui court, sur un animal sauvage... Mais y a aucun danger, je vais tous les jours dans cette forêt, lorsque la saison est ouverte, et je t'assure que rien de méchant n'y vagabonde ! »
        Mon père tressaillit lorsque Henri mentionna cet « animal sauvage ». Il ricana nerveusement. Après tout, lui aussi avait toujours vécu en ville, c'était un citadin.

        Enfin, samedi arriva. Nous nous rendîmes aux alentours de midi dans la forêt. Je ne savais pas qu'il y avait un parcourt aménagé pour les visiteurs ; il y avait une entrée principale. Mais je préférais de loin l'univers sauvage et indompté que j'avais découvert avec Eve. D'ailleurs, la révérai-je ? Cette idée me trottait dans la tête.
        Nous nous installâmes sur une surface assez plate pour manger. Ma mère avait préparé des sandwichs. Ma grand-mère avait du rester à la maison, mon père ayant refusé qu'elle nous accompagne, parce-que selon-lui, c'était trop aventureux pour elle.. Elle en avait été offusquée. Mais peut-être avait-il eu raison ? J'aurai tout de même préféré qu'elle soit avec nous...
        Une heure plus tard, tout le monde somnolait. La chaleur accablait ma mère qui avait mis un chapeau de paille sur son visage. Nous nous étions pourtant placés à l'ombre, mais celle-ci s'était déplacée. Enfin, quelques minutes plus tard, j'étais la seule à être encore éveillée. Alors, une idée me traversa l'esprit ; je voulais retrouver ce chêne. Oui, si je pouvais y retourner, peut-être qu'Eve y serait encore ? Je me mis en route, suivant le sentier et cherchant la rivière des yeux, mon seul repère.

        Je marchais depuis trente minutes. J'avais les cheveux trempés de sueur. Mes mains tremblaient. Je m'étais écartée du chemin, croyant reconnaître un endroit familier, mais je m'étais trompée ; tout se ressemblait ici ! Au final, j'avançais à l'aveuglette. J'essayais de ne pas paniquer mais c'était difficile. J'avais une boule grandissante à l'estomac. Je pensais que je pourrais retrouver la route après quelques temps, mais ce ne fut pas le cas. J'étais perdue.
        Je commençai à crier. J'appelai mes parents. J'appelai ma grand-mère. Puis, au bout d'un moment, n'importe-qui aurait fait l'affaire. Je courrai, puis j'avais l'impression de ramper tellement mes membres étaient lourds. Épuisée, à bout de force, je tombai de tout mon poids sur le sol mousseux et humide et me mis en boule. Des larmes ruisselèrent sur mes joues. Je me rendis soudain compte de ma situation. Qu'allais-je faire ?

    A suivre...

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